Lyon ouvre sa première crèche municipale de plein air
16 juillet 2026
Depuis le 15 juin, la crèche Jeanne Barret a ouvert ses portes à Lyon, sur les hauteurs du 5e arrondissement. Ici, dans les jardins de la première crèche municipale de plein air française, 20 tout-petits s’éveillent au contact direct de la nature. Reportage à l’ombre des mûriers.
Mercredi 15 juillet, le ciel s’obscurcit enfin après une semaine de chaleur intense. Au 67 rue Docteur Edmond Locard, la nouvelle crèche Jeanne Barret est là, soustraite au regard des passants par de grandes palissades en bois. « Ouais il pleut, il pleut ! » : on entend d’abord les cris de joie des enfants avant de les voir. Dans le jardin sud, les pieds dans l’herbe, ils sont une dizaine à entamer une danse de la pluie.
L'apprentissage buissonnier au cœur du service public
« Ça ne devrait pas durer longtemps, sinon on ira s’équiper », explique Sylvie, l'une des huit agentes petite enfance de la structure, en désignant les paires de bottes et les imperméables suspendus à hauteur d’enfant. « On mangera sous le préau ce midi et après l’averse, on installera les matelas sous le mûrier pour la sieste. »
Car dans la toute première crèche municipale de plein air, on fait tout dehors – ou presque : manger, jouer, explorer, lire et dormir. Le jardin est même équipé de toilettes sèches. Les bienfaits psychiques et psychologiques de ces méthodes, inspirées du modèle scandinave éprouvé, se mesurent au quotidien. « Même des parents qui avaient quelques réserves au départ sont rassurés, se réjouit la directrice, Clémence Nayrand. Leurs enfants dorment mieux, ils sont plus à l’aise dans leur corps, plus aventureux aussi.»
Un cocon de 700 m² pensé pour vivre dehors
Implantée au cœur du complexe sportif Edmond Locard, la crèche a pris ses quartiers dans l'ancien logement du gardien, réhabilité et agrandi. Le site offre un terrain d’expérimentation de 700 m² : de grands arbres, des bacs à sable, des jeux en bois, des petites collines à escalader, des tunnels à traverser, des textures variées à toucher : tout a été pensé pour éveiller les sens, solliciter la psychomotricité des tout-petits et favoriser leur autonomie précoce.
La pluie s’infiltre directement dans les sols perméables et une cuve de récupération d'eau pluviale de 10 m³ assure l’alimentation des sanitaires et l’arrosage des jardins. Compact et ultra fonctionnel, le bâtiment bioclimatique mise sur le bas carbone : isolation en laine de bois, bardage en pin douglas et toitures végétalisées. Un système de ventilation nocturne et des brasseurs d'air assurent une fraîcheur relative dans la salle commune de 28 m², qui sert de base de repli en cas d’intempérie.
« La semaine dernière, lors des fortes chaleurs, nous avons activé le protocole de demi-repli », explique la directrice. Concrètement ? Lorsque les températures oscillent entre 28 et 35°, « le matin se passe dehors à l'ombre des mûriers avec des jeux d'eau, et l'après-midi on occupe la salle fraîche à l'intérieur.» Et ça fonctionne bien. « Même en pleine canicule, nous n’avons pas souffert de la chaleur au travail » confie le personnel.
Une transition naturelle pour les crèches lyonnaises
Dans le sillage de la crèche associative de plein air Une souris en herbe, ouverte à l’automne dernier à Lyon 3e, la crèche municipale Jeanne Barret illustre bien la politique volontariste de la Ville en faveur de la petite enfance. « C’est la première crèche municipale de plein air de France gérée par une municipalité, appuie le maire, Grégory Doucet. Reconnecter les enfants à la nature, c’est fondamental. »
Cette dynamique s'appuie sur la transformation profonde des écoles et des crèches existantes. « La pédagogie de plein air est un projet éducatif global, ajoute Lisa Gauthier, adjointe à la petite enfance et à la parentalité. Il y a une réelle adhésion des agents au projet. » Des professionnels épanouis pour des enfants épanouis en somme.
Un enthousiasme partagé sur le terrain par les 8 agentes volontaires, toutes intimement convaincues des bienfaits de la nature. « Je me suis initiée à la pédagogie de plein air dans mon ancienne crèche, avec une psychomotricienne, confie Sylvie. J’ai tout de suite attrapé le virus ! »
« Travailler ici apporte une vraie sérénité, appuie la directrice. En rentrant à la maison après le travail, on est fatigué bien sûr. Mais c’est une bonne fatigue. »