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Culture
- Publié le 27 septembre 2018

Interview de Thierry Frémaux - "Lumière, un festival 'total' "

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Crédit photo : Muriel Chaulet

En 10 ans, le Festival Lumière a colonisé les écrans les plus prestigieux de la ville, attiré les plus grandes stars internationales. Alors que s’annonce l’édition 2018 (13-21 octobre), son emblématique créateur, Thierry Frémaux, se penche sur les jeunes années d’un festival qui a bien grandi.

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Lyon Citoyen : Avec le recul, c’était gonflé de créer un festival rétrospectif, sans compétition, qui remplisse la Halle Tony Garnier ?
Thierry Frémaux : Oui, si on regarde les critères habituels des festivals (les stars, le tapis rouge, le cinéma contemporain). Or, nous avons fait tout l’inverse, ce qui était ultra risqué. Mais pas pour nous, car nous savions que ça marcherait, nous savons que le public est « intact » et qu’il était possible de l’entraîner sur un tel projet : des stars, un tapis rouge et des artistes d’aujourd’hui pour parler aux spectateurs de demain. Nous ne sommes pas les seuls à y avoir cru : Gérard Collomb et les équipes du Grand Lyon nous ont soutenus d’emblée.

Comment a germé cette idée dans l’esprit du directeur de l’Institut Lumière ?
Lyon avait une Biennale d’art contemporain, une Biennale de la danse mais pas de festival de cinéma. Mais nous arrivions bien tard. Il fallait trouver une idée originale. Nous avions un atout : la rue du Premier-Film et des spectateurs chaleureux, connaisseurs, qui font aux films un accueil de feu tous les jours à l’Institut Lumière. Nous sommes donc partis de là : un festival d’histoire du cinéma là où il a été inventé. Après, il suffisait de faire confiance aux Lyonnaises et aux Lyonnais. Nous avons voulu faire un festival populaire et il l’est. C’est ce qui plaît aux artistes invités.

Quelle est la recette (forcément lyonnaise) pour faire cohabiter stars françaises et internationales, films anciens et parfois pointus, et obtenir un tel succès populaire ?
Les maîtres mots du Festival sont « simplicité » et « prestige ». Les grandes vedettes sont des personnalités hors du commun mais elles viennent dans un festival comme le nôtre parce qu’elles en ont compris l’enjeu, essentiel au cinéma : sa mémoire et son public.
Et puis, l’idée qu’il existe dans le monde une rue du Premier-Film, ça intrigue, ça attire… Il y a encore des Lyonnais qui l’ignorent mais Clint Eastwood, lui, le sait.

Justement, Lyon, les frères Lumière, l’invention du cinéma : ces notions sont connues par les cinéastes et acteurs étrangers ?
Elles le sont de plus en plus. Le film Lumière, l’aventure commence a rencontré un énorme succès en festival et été vendu dans près de quarante pays. J’étais il y a quelques jours à Beyrouth pour le présenter et offrir aux Libanais les deux films tournés là-bas en 1897 par un opérateur Lumière. Mais cela ne suffit pas : la réelle attractivité du festival repose sur ses qualités propres. Le concept pouvait apparaître comme passéiste et c’est tout le contraire : nous travaillons pour le futur !

Parmi les anecdotes des 9 premières éditions, laquelle pourrait le mieux résumer la philosophie du Festival et de ses invités ?
Disons que la participation, active et joyeuse, de Quentin Tarantino à un mâchon, dans un bouchon près de l’Hôtel de Ville, dit beaucoup de la façon dont une star comme lui a compris la philosophie du festival : « Good food, good films, good friends »* !

L’invité « ultime » à qui vous rêveriez de remettre le Prix Lumière ?
Je ne saurais vous donner seulement un nom. Juste vous dire qu’après Clint Eastwood, Gérard Depardieu, Catherine Deneuve ou Martin Scorsese, ce fut une extraordinaire surprise de voir que des gens si prestigieux étaient touchés par une invitation à Lyon. Et le prix Lumière, sa soirée, l’extraordinaire liste des récipiendaires sont une grande réussite. Alors, nous avons le sentiment que tout nous est offert.

Les temps forts de l’édition 2018 ?
Il y en a énormément : tous nos invités d’abord, heureux de se retrouver pour célébrer ce « jeune » festival. Un grand nombre aussi d’avant-premières, comme celles des films d’Alfonso Cuaron, de Claire Denis ou de Jean-Luc Godard, d’événements comme la projection en 70mm de 2001 L’Odyssée de l’espace à l’Auditorium. Je ne peux tous les énumérer. Lumière devient un festival « total ». Et il le sera plus encore quand nous accueillerons Jane Fonda…
 

Plus d'infos sur la Festival Lumière

Site web du Festival Lumière


* "Bonne chère, bons films, bons amis".

Interview pour le magazine Lyon Citoyen - Octobre 2018.

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